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Vers le QMT : mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ?

La liste des bons coureurs qui vont participer au Québec Méga Trail 110 est impressionnante. Ce qu’ils vont réaliser semble presque irréel. J’ai de la difficulté à m’imaginer de quelle façon ils peuvent arriver à ces niveaux.

Selon le cliché de course, même pour eux, tout se joue dans la tête. Très bien, mais qu’est-ce qui se passe vraiment entre leurs deux oreilles de ces grands coureurs ? Je n’en ai aucune espèce idée.

J’ai tenté de comprendre un peu avec la lecture du bouquin de Kilian Jornet, et ce que j’ai compris, c’est qu’à ces niveaux, il semble y avoir deux attitudes possibles : courir contre l’autre ou avec soi.

La première posture qu’il décrit dans la préface du livre peut se résumer à : « je vais me battre contre tous les autres et les écraser. » Cependant, il y a aussi la seconde attitude qu’il exprime dans le reste du livre, et cette dernière est tout le contraire.

À ce moment, il  tourne vers soi et les autres pour réaliser de grands exploits. J’aime à penser que les gagnants de ce week-end seront de ce profil plus zen.

Et dans ma tête à moi?

Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête d’un coureur élite, mais je sais ce qui peut se passer dans la tête d’un coureur de trail moyen. Je sais pas mal déjà ce qui va se passer dans ma tête lors des 80 km de samedi.

Au départ, je vais être à la fois un peu apeuré, fébrile et heureux. Je vais avoir le vertige devant ce qui s’en vient, mais confiant de pouvoir y arriver.

Rapidement, l’enthousiasme va prendre le dessus, mais la montée du Massif devrait ralentir mes ardeurs. Au sommet, je vais repartir de plus belle, en me disant que je me sens vraiment bien aujourd’hui et que je peux bien me permettre de pousser un peu.

Cela devrait aller jusqu’au trentième kilomètre et là, la douleur va apparaître progressivement. Je vais me dire que ce n’est pas une si bonne journée que cela et me demander ce que j’ai bien pu penser de vouloir accélérer dès le début d’une si longue course

Par la suite, le défi, c’est la gestion de la douleur, car courir 80 km, cela fait mal. Habituellement, je gère cela avec un ami. Il est calme et solide, cela aide, mais ce week-end, je vais faire cela seul, comme un grand. L’idée, c’est de ne plus penser aux petits bobos qui deviennent de moins en moins petits… pour les derniers 50 km.

Stratégie

Il y a différentes stratégies pour gérer la douleur, mais il faut se concentrer sur quelque chose qui peut capter notre attention des heures et des heures.

C’est toujours un bon moment pour faire un mini bilan de vie. Il m’arrive de repenser à toutes les gaffes que j’ai faites au fil des ans. J’en ai pour plusieurs kilomètres à toutes le recenser, mais comme cela devient un peu déprimant à la longue, il me faut passer à autre chose.

Pour moi, et pour plusieurs coureurs de sentiers, je pense que la stratégie la plus sûre est de penser à ceux qu’on aime, aux moments de bonheur que l’on a vécus.

Généralement, une longue course en sentier me fait le même effet qu’un film de Walt Disney : je pleure toujours à un moment donné. Probablement que les trop grands efforts dérèglent mon système hormonal.

L’autre stratégie qui aide, c’est de se tourner vers les autres. Faire un peu de « small talk » avec les autres coureurs, rire des blagues des bénévoles aux ravitos, cela aide énormément.

Progressivement, au fur et à mesure que la course va avancer, je vais devenir plus serein, commencer à penser que je vais y arriver, et tenter de rester le plus zen possible, sauf dans les sections trop techniques où je me donne le droit de chialer contre les organisateurs qui ont décidé du parcours – il y a de limites à la zenitude.

À quelques kilomètres, je vais retrouver un semblant d’équilibre et je vais juste être bien jusqu’au fil d’arrivée.

Par la suite, il va rester le partage avec les amis, qui vont tous avoir vécu à peu près la même chose. Ouais, je ne sais pas ce qui se passe dans la tête d’un grand coureur, mais ce qui arrive dans celle d’un coureur moyen, ce n’est quand même pas pire.

Cela va être une belle course.

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