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Tourner en rond, en attendant l’Harricana

La préparation d’un ultra-marathon est exigeante, pour nous, mais aussi pour le monde qui nous entoure. Nous devons y mettre des efforts et y consacrer de nombreuses heures. Plusieurs coureurs d’ultra deviennent vite des champions de la gestion des horaires : quelques kilomètres tôt le matin, quelques supplémentaires tard le soir, un peu de « run commute » et, généralement, on y arrive, sans que tout notre entourage nous abandonne définitivement.

Cet été, j’avais un défi de gestion d’horaire particulier à relever alors que je devais concilier trois semaines de vacances avec la préparation des 125 km de l’Ultra-Trail Harricana. Comme l’essentiel des activités de mes vacances consisterait à boire du vin et manger des pâtes, j’étais assez confiant sur ma réserve à long terme d’hydrate de carbone, mais j’étais préoccupé par le manque de volume d’entraînement.

Comme je désirais rattraper le tout rapidement, je me suis inscrit à un 100 km de route qui se déroulait 72 heures après mon retour. J’ai de drôle d’idée parfois!

Le 100 km en question se déroulait à deux pas de chez moi. Je vous décris le parcours : une boucle asphaltée de 1,85 km; dénivellation : 0 mètre; obstacles à franchir : 20 dos d’âne de 15 cm, coefficient de difficultés techniques : 0,0.

La course est parrainée par un mouvement qui a la réputation de très bien organiser ses courses. Il coordonne notamment une course de 3100 miles en 51 jours, sur un parcours d’environ 1 mile. Il semble aussi que cette organisation fasse la promotion de la méditation et de la paix dans le monde. Pour la méditation, je ne suis pas très doué, mais pour la paix dans le monde, je suis tout à fait pour.

Mon plan de match

Le plan de match de la journée était assez simple : y aller mollo, ne pas marcher, conclure le tout en un petit 12 heures et retourner chez moi pleinement satisfait. On peut toujours rêver !

La course débute à 8 h et, après 15 secondes de silence, le signal de départ est donné, on débute sous un petit 30 degrés C (température réelle). Je suis parti pour 53 tours.

Avec mes 100 km, je fais partie de ceux qui font une petite distance. Il y a notamment un 12 heures et un 24 heures. Les premiers tours sont un vrai charme. Je cours avec une amie. À ce moment, je suis convaincu d’avoir eu une idée de génie et je pense que mes trois semaines sans entraînement ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir.

Comme il est ardu de garder le rythme à deux, je me retrouve seul et je commence vraiment à trouver la température difficile à supporter. Le mercure a dépassé les 35 degrés C et il va y rester pendant des heures.

Je ralentis et je décide de marcher, juste un peu, un tout petit peu. Heureusement, des amis arrivent, et je retrouve un peu d’énergie, mais dès que je suis seul, je souffre, j’ai chaud, j’ai chaud, j’ai chaud.

Sieste

Comme j’avais mon petit poste de ravitaillement personnel avec un lit, sur le coup de midi, je décide de prendre une pause, histoire de faire une petite sieste, car de toute façon, je n’avance vraiment plus. Il faut dire que quand je regarde les autres, c’est un peu décourageant car, alors que je peine à trottiner et marcher, il y a des coureurs qui semblent tout à fait à l’aise et vivre le bonheur total. Il y a notamment un participant autrichien qui, à toutes les fois que je réussis à faire un tour, il en fait deux ou trois avec un immense sourire. Pour moi l’Autriche se situe sur une autre planète.

Le petit 30 minutes de sieste a fait du bien et, miracle, à mon réveil des amis et des proches sont présents. J’ai un regain d’énergie immense, qui dure un gros deux ou trois tours.

Je n’en peux plus de la chaleur, et pour tenter de faire baisser un peu la température, j’opte comme plusieurs pour l’option cubes de glace sous la casquette. Cela nous donne des airs de Bart Simpson et nous congèle les quelques neurones qui ont survécu à la chaleur, pendant que le reste de notre corps continue à bouillir.

Une succession d’amis et d’encouragements aidant, je m’accroche et je tourne et je tourne et je tourne.

La nausée apparaît. Une Gravol – deux Gravols – plus tard, mais elle revient sans cesse, je ne suis vraiment plus capable de la chaleur, je suis KO. Je pose le genou à terre après 84 km et je remercie les organisateurs, tout en regardant l’Autrichien courir et sourire. Il était parti pour 230 km.

Bilan de la démarche

  1. Récupérer trois semaines d’entraînement en une journée, c’est un peu irréaliste;
  2. Courir sur la route à 35 degrés Celsius, c’est suant dans tous les sens du terme;
  3. Je ne suis toujours pas très doué pour la méditation. Il faudrait que je me pratique à nouveau l’an prochain, peut-être pendant 24 heures.

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