in ,

Ma longue route vers mon premier 125 km

Dans mon ancienne vie, je ne courais pas. Je marchais beaucoup, mais je ne courais pas. Et voici que, dans moins de deux semaines, je m’attaquerai au 125 km de l’Ultra-Trail Harricana du Canada (UTHC). Comment en suis-je arrivé là ? Disons que la vie m’a envoyé quelques signaux au fil des ans…

Bien sûr, tout a commencé sur un sentier, sur le flanc abrupt d’une montagne gaspésienne. Quinze années ont passé depuis, mais je me souviens comme si c’était hier de ce type aux mollets sculptés et aux cheveux blancs qui me doubla en coup de vent pendant que l’ascension mobilisait toutes mes ressources. Pour ma défense, je dirai que j’étais chaussé en randonneur et que j’étais chargé comme une mule. Mais je n’avais que 37 ans, et lui, probablement 30 de plus. Du coup je me suis dit que si je voulais être comme lui dans 30 ans, j’avais intérêt à m’y mettre, et au pas de course. Ainsi débuta ma modeste carrière de coureur.

Un an plus tard, je n’étais encore guère plus qu’un coureur du dimanche et je ne connaissais rien aux ultras.  J’ai fait, cet été-là, le tour du Mont-Blanc en rando avec mon fils. Sans le savoir, on avait suivi pour l’essentiel le même parcours que l’UTMB : l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, la course de tous les superlatifs. Faire ça en rando, oui, mais en courant? Je ne vous cacherai pas que je suis tombé de ma chaise en apprenant que, peu après notre périple, un type, du nom de Marco Olmo, avait fait la même chose que nous en à peine plus de 21 heures… du haut de ses 58 ans. Nous, ça nous a pris dix jours. Dès lors, je me suis mis à courir trois fois par semaine.

Les années ont passé et les kilomètres se sont accumulés. Si bien qu’en 2010, j’avais déjà quelques marathons à mon actif. Cette année-là, j’avais choisi de prendre mes vacances estivales à Terre-Neuve pour y faire une portion de l’East Coast Trail avec mon fils. Je me souviens de cette nuit orageuse où les éléments déchaînés nous empêchaient de dormir. Installés sur un promontoire au milieu de nulle part, on priait tous les saints du ciel pour que notre tente tienne bon.

Tout à coup, un faisceau de lumière traversa notre tente et une respiration haletante se fit entendre. Mais qui donc pouvait être assez fou pour se balader dehors au beau milieu de la nuit par un temps pareil et dans un endroit aussi isolé ? Je découvrirai quelques jours plus tard qu’il s’agissait de l’ultra-marathonien Gary Robbins, venu établir un premier record de vitesse sur ce sentier de 215 km.

Les coureurs, c’est bien connu, ça carbure aux défis. On passe par les 10 km, les demi-marathons et les marathons, on gagne en vitesse, on repousse petit à petit nos limites, mais vient un temps où on a besoin d’autres défis pour se regarder aller. N’étant pas de la trempe d’un Marco Olmo ou d’un Gary Robbins, c’est l’objectif de courir le Marathon de Boston qui m’a permis de continuer sur ma lancée encore quelques années. J’ai dû surmonter quelques blessures et m’y reprendre quelques fois avant d’y parvenir, mais au printemps 2015, j’ai pu sabrer le champagne. C’était mon 9e marathon.

Après l’euphorie, la question est revenue me hanter : quel serait mon prochain défi ? J’ai pensé à améliorer mon chrono sur marathon. J’ai pensé me mettre au triathlon, mais l’appel de la forêt était plus fort que tout, et c’est ce qui m’a amené à prendre les sentiers. Il faut dire que là où je suis, en Outaouais, c’est un petit paradis pour la course en sentier. Le parc de la Gatineau nous procure un magnifique terrain de jeux et les adeptes du trail forment une communauté formidablement motivante et inspirante. C’est ainsi qu’on se prend à passer successivement du 50 km au 65 km au 80 km, pendant que certains d’entre nous s’attaquent au Moab (283 km) ou au Tor des Géants, (330 km, 24 000 m D+). Sky’s the limit, comme qui dirait.

J’ai peine à imaginer que je prendrai bientôt le départ d’un trail de 125 km que les organisateurs appellent à ne pas sous-estimer. Honnêtement, le défi m’intimide encore. Oui, ça va être dur, mais je sais que je souffrirai avec le sourire et que j’en redemanderai après.

C’est le grand paradoxe de l’ultra-trail. Certains disent qu’il faut être un peu fou pour faire des choses pareilles. Peut-être, mais moi je trouve que c’est une belle folie. Un glorieux mélange de magie, de nature, d’intensité, de camaraderie et d’endorphines. Que demander de mieux ? Le compte à rebours est commencé pour mon premier 125 km.  Après ce sera quoi ? Dieu seul le sait, pis l’y’âble s’en doute!

Qu'en dites-vous ?