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Bromont Ultra : 160 km et une demande spéciale

La fin

Cela fait maintenant 28 heures et des poussières que je cours, mon pacer Claude est avec moi depuis le kilomètre 121 et je commence à en avoir mon truck de cette course! Mes jambes me rappellent à chaque pas la quantité de kilomètres que j’ai effectués depuis le début en plus du dénivelé. Malgré la course, qui était déjà un gros défi en soi, j’ai décidé de demander ma copine en mariage dès mon arrivé… Pourquoi faire facile quand on peut faire compliqué?

Ma mission : apporter une bague dans sa boîte, dans mon sac sur 160 km sans que mon crew (ma copine) la découvre…

Il me reste seulement un ou six kilomètres à courir.  Ma montre m’a lâché juste avant la grande finale…

Je vois un coureur du 160 devant moi, j’ai n’ai qu’une mission, soit le dépasser le plus rapidement possible. Il n’essaie même pas de se défendre et après, sans arrêter de courir, je dois sortir la bague qui est cachée dans mon sac et faire le test ultime, c’est-à-dire savoir si je suis capable de m’agenouiller. La scène est un peu irréelle quand j’y pense. Je me suis mis à genou devant mon pacer en plein bois et j’ai failli perdre connaissance en me relevant un peu vite. Je dois manger un peu plus pour terminer sinon…

J’ai de la difficulté à croire ce que je viens d’accomplir : un 100 miles. C’était mon rêve et maintenant il sera réalité. Je suis à 300 mètres de l’arrivée, je vois ma copine qui m’attend avec ma boucle de ceinture. J’avais utilisé cette stratégie pour qu’elle soit là à la ligne d’arrivée. Je la sers dans mes bras et je prends un grand respir, fouille dans mon sac et sors la petite boîte. Son étonnement me démontre que mon subterfuge a fonctionné à merveille! Elle ne se doutait de rien, on pleure tout les deux. Elle me dit OUI!

Le début

Samedi matin, avant mon départ, je me sens zen. Je l’ai fait l’an passé cette boucle de 80 km. Je sais dans quoi je m‘embarque, c’est juste que cette fois-ci, c’est deux fois. Mais je me sens prêt; mon body n’est pas trop hypothéqué par les centaines d’heures d’entraînement infligés et ma tête est à la bonne place pour cette aventure hors-norme.

Mon plan est simple : manger et boire dans tous les ravitos. Je pars dans les derniers coureurs au départ, je me connais trop bien, j’ai besoin d’humains pour me bloquer le chemin.

En cours de route, je veux gagner des places pour m’aider à me motiver, mais c’est quand même un ravito à la fois. Le premier tour doit être le réchauffement en théorie. Je termine le premier 80 km avec le sourire sous un soleil qui me dit à bientôt et je me change pour attaquer les 13 prochaines heures de nuit. J’ai hâte de quitter le camp de base pour ce fameux 2ième tour qui va me sortir de ma zone de confort.

La nuit est confortable, mais j’essaie de ne surtout pas penser à l’arrivée. Je focus seulement sur le prochain objectif, le prochain ravito qui est géré de main de maître par Christina depuis le début. Je ne la remercierai jamais assez pour ça. La partie qui se trouve juste avant de rejoindre mon pacer au kilomètre 121 est un plat de montagne qui me rentre dedans pour la deuxième et dernière fois.

Je ne serai plus seul pour affronter la fin de cette nuit et compléter mon 4ième marathon de suite. C’est absurde quand même faire des ultras! Claude connaît la job et me change les idées quand j’en ai besoin, et m’encourage à continuer. Je suis encore lucide après le lever du soleil et je suis le premier surpris de cela, et ce malgré mon manque de sommeil flagrant.

J’ai beaucoup sous-estimé mes capacités physiques et surtout mentales puisque je me rends compte qu’au final d’un 100 miles, c’est seulement la tête qui décide si tu vas finir ou pas. Les étoiles étaient alignées pour que je complète cette épreuve. La météo était parfaite, mon estomac m’a laissé manger une quantité impressionnante d’oranges, chips, soupe tiède, pepsi et de gels au sirop d’érable. Mon chef de crew a tenu son rôle à la perfection en prenant les bonnes décisions et mon pacer a enduré ma marche du zombie jusqu’à la fin.

L’ultratrail, c’est très individuel comme sport, mais c’est tellement mieux de le partager avec d’autres. C’est l’aventure humaine qui est la plus enrichissante.

Une saison 2019 magique, c’est maintenant le temps du repos de fin de saison.

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