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Ultra-Trail Harricana : un c’est bien… deux c’est mieux!

Quand j’ai pris deux dossards pour Harricana, je savais que cela ne serait pas facile, que je jouerais dans ma tête; et comment!

J’ai pris le départ du 65 km le samedi matin avec une joyeuse bande de loups inconnus. Je me sentais en contrôle et totalement en possession de mes moyens. J’avais fait mes devoirs et je savais que mon corps pouvait le faire puisque j’en étais à ma deuxième visite sur cette distance.

J’ai été surprise par le terrain qui était très différent de l’an dernier; beaucoup plus de boue. À plusieurs endroits, je me disais : il y a toujours un fond, vas-y! Disons que la première section, jusqu’au ravito du Coyote au kilomètre 22, m’a un peu déstabilisée par sa différence. Mais le moral était au top et le corps se portait vraiment bien; j’ai couru beaucoup plus que l’an passé dans cette section. En arrivant au ravito, j’ai réalisé que j’avais de l’avance sur l’an passé; mon objectif pour cette première course de la fin de semaine était de faire plus rapidement; j’ai le souci de toujours m’améliorer par rapport à moi-même.

En quittant le Coyote, l’indication pour le ravito de l’Épervier est déjà là! Wow, c’est positif! Un coureur me fait remarquer la distance plus longue entre les deux (près de 19 km), mais j’en profite pour lui dire que c’est moins pire que ce que nous venons de faire en tant que distance. Vaut mieux voir le côté positif que de voir des difficultés.

Entre ces deux ravitos arrive le centre du parcours; par habitude, je prends un gel à ce moment à chaque course que je fais. Par contre, j’ai le souvenir que l’an dernier, nous étions dans un chemin de terre (style VTT), mais pas là. Ma montre m’avait d’ailleurs indiqué que je n’étais plus sur le tracé enregistré. Le parcours a changé; c’est maintenant clair!

J’avance de ravito en ravito, sans douleur et avec un moral d’acier. Au Split-BMR, je me lance pour ma quatrième fois dans la montée de la Montagne Noire. En me disant que, demain, sera ma dernière fois sur cette montagne. J’ai envie de faire la rencontre de d’autres courses.

À la fin de la course : SURPRISE! Il faut faire une courte montée pour passer l’arche d’arrivée; et bien! Dans cette dernière montée, ma famille s’y trouve avec ma coach, Renée Hamel. Les encouragements sont les bienvenues! Mon père, opéré des deux genoux, fera quelques pas de course avec moi pour que mon neveu (qui désire courir la fin avec moi à chaque année et qui n’ose jamais me rejoindre) me prenne la main jusqu’à la fin. Finale qui sera filmée par mon conjoint et me fera vivre un paquet d’émotions; la commentatrice est vraiment excellente! Je me sens une vraie championne! J’ai amélioré mon temps sur un parcours plus boueux et différent. Je suis trop fière!

Il y aura une autre course demain. C’est le temps de prendre soin du corps pour pouvoir espérer prendre le départ. Baignade des jambes dans une rivière, bain plutôt froid avec des sels, bas de compression, couchée tôt.

Dimanche matin, j’ai pris le départ du 28 km avec beaucoup d’appréhension. J’avais pris soin de voir un physio avant pour « taper » les genoux. Je prends le départ avec Éric, mon beau-frère, qui me doublera rapidement dès le début de la montée du Mont Grand-Fonds.  Je savais que cela ne serait pas gagné. Au sommet, la section qui se devait d’être plus roulante, est extrêmement difficile; je n’arrive pas à prendre un rythme confortable. Dès ce moment, je sais que je vais jouer dans ma tête. Faire mieux que mon premier 28 est impensable; et ça, c’est sur le moral que ça joue.

Jusqu’au ravito du Split-BMR, je ne sais pas si je vais poursuivre. Mais quand j’y arrive, la physio me dit que je devrais m’étirer un peu, prendre des pauses pour le faire, mais que si je le sens, je peux poursuivre. Je quitte donc, en me disant, que je vais le finir ce défi. En montant la Montagne Noire pour la deuxième fois de la fin de semaine, et la dernière de ma vie, je me remets en question: je pense arrêter au ravito suivant. Mais le corps décide de se remettre à courir et d’oublier la douleur des genoux. Cela aura pris près de 16 km avant de me mettre en route; je sais que je fonctionne comme du diesel, mais c’est la pire fois que j’ai connue.

Au ravito, il n’est déjà plus question d’abandon. Je mange un peu et c’est reparti. Dans la longue descente vers l’arrivée, je vais faire la connaissance d’un homme qui me parle de ses défis de santé. Il est malade, mais tellement positif et motivé à se rendre à l’arrivée, que j’en oublie mes genoux et que je fonce avec lui. Il sera un des rares avec qui j’aurais fait quelques kilomètres pendant cette fin de semaine. J’espère, cher monsieur inconnu, que ton arrivée a été à la hauteur de tes espérances et que ton parcours de vie s’améliorera. Ton positivisme m’a ébranlé.

Finir cette deuxième course pendant la remise des médailles a fait en sorte que je suis passée inaperçu pour le public. Pas de commentateur. Mais un conjoint qui me motive avant la dernière montée, la famille dans la butte qui est encore là, un neveu près à faire les derniers mètres avec moi et mon beau-frère portant fièrement sa médaille. Et une coach, qui me rejoint dans les premières minutes de mon arrivée.

J’y ai bien cru que je ne reviendrais pas sur ce parcours que je connais déjà. Mais mon coeur y est vraiment trop. Mon inscription pour le 80 l’an prochain ne tardera pas. Reste à voir si je me prévois un autre doublé, et sur quel format pour le dimanche.

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