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Un père, un fils, une aventure

28 juillet 2008. C’était il y a 11 ans et je me souviens de cette journée comme si c’était hier.

Je quittais ma Corse, mes racines, mon île, ma famille et je me dirigeais vers le Québec afin d’y vivre une nouvelle vie et découvrir le nouveau continent, comme ils disent. Avec toute la pression et le stress que vit n’importe quel émigrant allant découvrir une nouvelle culture.

De cette journée je me souviendrai toujours de ce départ à l’aéroport où j’ai enlacé mes parents et mes ami(e)s et leur ait dit « au revoir ». Ce jour là, mon père m’a dit sur un ton comique : « Allez, on se revoit dans 6 mois quand tu ne seras plus capable de laver tes vêtements car c’est ta mère qui s’occupe de tout ». L’une des phrases qu’un fils déteste entendre et qui fait mal à la confiance en soi. Comme cette fois-là justement, comme souvent, à cette époque-là.

Vous devez vous dire : « Pourquoi se confie t-il sur sa vie privée et son père alors que l’on est sur un blog de trail ? »

Parce que mon père a été pendant très longtemps un inconnu pour moi, un mystère et surtout, j’ai entretenu pendant des années un profond sentiment d’incompréhension à ses cotés. Parce que pour beaucoup de personnes dans mon entourage, notre relation d’aujourd’hui ne laisse absolument pas paraitre qu’il y a quelques années, nous étions deux étrangers face à face, littéralement presque deux inconnus.

Car oui, mon père c’est LE sportif, c’est un dur, c’est un roc d’un m 65 à peine, au mental d’acier qui a eu beaucoup de mal à comprendre l’enfant et l’adolescent que j’étais, il y a longtemps. Mon père a été mon coach de football (soccer), de tennis, d’entraînement et il a toujours été très dur avec moi, très intransigeant. Il a toujours exigé beaucoup et peu communiqué. Tout ceci a favorisé la création d’un fossé géant entre nous malgré des atomes crochus évidents et une passion commune pour le sport.

Je suis alors parti au Québec mener ma vie, prouver que j’étais capable de réussir et trouver les réponses à des questions que je me posais, comme n’importe quel jeune qui se cherche…

Lui est resté en Corse et a commencé à enchaîner les grandes distances de trail en Europe : GRP 160 km, CCC 100 km, Restonica Trail et j’en passe. La distance physique a commencé à créer un manque profond et a laissé place à des discussions, des rapprochements et l’émergence d’une vraie complicité. De frondeur, insolent et révolté à l’adolescence, je suis devenu admiratif, passionné et grand fan des aventures et performances de mon père. J’ai fait des nuits blanches pour suivre ses courses en direct avec le décalage horaire et j’ai maintes fois raconté ses exploits et sa capacité, hors du commun, à ne jamais abandonner et terminer les courses plus compliquées qui soient. Cette série d’événements nous a liés, rapprochés et a changé à tout jamais notre vie et notre rapport l’un à l’autre. Il est (re)devenu mon héros et malgré mes 35 ans qui approchent à grand pas je n’ai aucune honte d’avouer ceci.

Il y a quatre ans, sur un coup de tête, j’ai décidé de lui lancer un premier défi : courir une première fois ensemble au Québec. Nous avons relevé ce défi à Sutton.

Il y a deux ans, ce fut un deuxième défi qui a été lancé : courir un petit format de l’UTHC ensemble. C’est ainsi que nous nous sommes élancés sur la 28 km et nous l’avons complétée dans les bras l’un de l’autre (comme en témoigne la photo). Je pensais que nous arrêterions là…

La vie réserve parfois des beaux mais aussi des mauvais moments. Malheureusement, l’an dernier et cette année furent des années éprouvantes en termes de décès dans mon entourage. Beaucoup de gens proches de moi ont eu la tristesse de voir partir des proches, des parents, via la maladie ou des accidents. Il y a un peu plus d’un an, un événement m’a particulièrement bouleversé et a eu l’effet d’un choc sur moi. Un grand champion, un géant s’en est allé trop vite au ciel et a laissé dans la peine son fils, que j’estime profondément, et qui a écrit un texte magnifique sur son départ. Ce texte il ne le sait pas mais je l’ai lu et relu plusieurs fois et cela a eu l’effet d’un coup de fouet pour moi. Un avant et un après, comme on dit chez moi….

J’ai donc lancé un nouveau défi à mon père. Un défi pour souligner et choyer le fait de pouvoir se parler encore, se disputer, s’encourager. Un défi pour surmonter la douleur qui va apparaître, un défi pour mordre dans la vie comme jamais, et avoir une pensée pour chacune des personnes qui ne peut malheureusement plus vivre des moments comme ceux-là avec un père ou une mère. Un défi dont on se rappellera pour toujours et que je garderai au fond de moi durant mes vieux jours, un défi pour ne jamais dire « si j’avais su… » , un défi pour ne pas avoir de regrets.

Alors samedi 7 septembre 2019, à 7 h nous nous élancerons pour 65 km de course, 2000 m de dénivelés avec l’objectif de finir ensemble, main dans la main, à la ligne d’arrivée, prendre ma mère et ma conjointe dans les bras pour leur dire que nous les aimons et qu’elles sont folles de nous supporter et nous encourager là-dedans.

Cette aventure je la dédie humblement à tous les gens que je connais qui n’ont pas la chance que j’ai de pouvoir encore côtoyer ceux qu’ils aiment et vivre une telle aventure. J’aurai une pensée pour vous dans les montagnes de Charlevoix. J’aurai une pensée toute particulière pour toi Alexis, merci de m’avoir donné inconsciemment la force de réaliser cette folie avec mon géant de père.

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