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Un drôle de mélange entre « Yes I can! » et « Holy shit! »

  • C’est comment courir 63 km?
  • C’est comme… c’est comme accoucher.

Décembre, dans un moment de «ok je le fais», tu t’inscris. Il reste neuf mois. C’est long neuf mois, mais Oh mon Dieu que ça arrive vite!

Chaque jour, tu y penses à cette chose qui arrive lentement mais sûrement et c’est un drôle de mélange entre « Yes I can! » et « Holy shit! ». Il n’y a plus de marche arrière et ta vie se moule autour de cette décision.

Le printemps arrive et les distances augmentent. C’est le moment de l’année où tu as faim tout le temps. Tu manges aux deux heures. Ton corps change, il s’adapte.

Et puis l’été arrive et ta vie sociale en prend un coup. Entre le boulot, ta consommation de bouffe qui devient de moins en moins contrôlable, le gym, les tempos runs, les hills repeats, les autres courses de la saison, les longs runs, les vacances où il te faut absolument une montagne sinon c’est la crise, les huit heures de sommeil nécessaires eh bien! il ne reste plus beaucoup de temps pour faire les terrasses entre amis. De toute façon l’alcool et l’entraînement…

Le temps se rafraîchit et les jours raccourcissent. Tu as lu tous les livres et regardé tous les vidéos You Tube sur les ultramarathons. Puisque tu dois diminuer les distances et relaxer, ça donne libre cours à ta tête pour paniquer. Il y a beaucoup plus de « Holy shit! » que de « Yes I can! ». Alors tu prends toute cette anxiété et tu fais du « nesting », avec ta carte de crédit et ton compte Amazon Prime. Tu as vraiment besoin de ce nouveau manteau de pluie ultra léger, du petit gobelet pour les ravitos écolos et de gels au sirop d’érable. Qui a dit que ça coûtait pas cher la course?

Tu fais ta valise et tu fais le chemin jusqu’à Charlevoix. C’est ton deuxième ultra. Est-ce que ça t’aide de savoir ce qui t’attend? Du genre, ça va aller, mais ça va faire mal?

C’est un départ. Tu cours, tu cours, tu cours! Ravito, tu reprends ton souffle. Tu cours, tu cours, tu cours! Des embouteillages, tu reprends ton souffle. Tu cours, tu cours, tu cours! De la bouette, tu perds ton soulier, tu as payé pour ça? Tu cours, tu cours, tu cours! Ravito. Tu cours, tu cours, tu cours en descendant la montagne, tu cris yipeeeeee! Ravito. Tu montes la côte. Tu n’y arriveras pas. Tu cours pareil. La fatigue, les crampes. Tu cours pareil. Les larmes, l’estomac noué, le coca-cola c’était pas une bonne idée. Tu cours pareil. Ravito. Tu cours, tu cours, tu cours. Tu fais de la rétention d’eau, tu vois même plus tes jointures. Ravito. Tu cours. Tu cours. Encore d’la bouette. Tu cours. Dernière côte et il y a quelqu’un qui crie : « Vas-y, t’es capable! ».

L’arrivée. La fierté. Tes parents, ton frère, tes amis sont venus te féliciter.

Plus jamais. Mais tu oublies et tu recommences.

Merci à mes sponsors: papa et maman

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