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Réussir le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana

J’avoue que mon titre est trompeur. Parce que je ne l’ai pas réussi, moi, le 125 km de l’Harricana. Comme 46 % des participants, mon aventure s’est soldée par un DNF. Bien sûr, j’avais de plus nobles aspirations, mais le fait que près d’un coureur sur deux ne se soit pas rendu jusqu’à la ligne d’arrivée me procure quelque part une certaine consolation. Un taux d’échecs si élevé est en revanche tout à l’honneur des 54 % qui ont réussi et à qui je lève mon chapeau bien haut. Je livre ici le récit de ma course et, au bénéfice des futurs participants, les leçons que j’en tire et les conseils que j’ai recueillis auprès de quelques finissants.

Vilaines crampes

Jusqu’au 25e kilomètre, c’était le nirvana. Je cheminais allègrement dans un peloton d’une dizaine de coureurs avec l’impression d’avoir des ailes. « Tout cet entraînement, c’est maintenant que ça paye », me disais-je en moi-même. Les conditions étaient parfaites, et malgré la difficulté du terrain, j’avais un plaisir fou. Tout à coup, bang! Une crampe subite à l’intérieur de la cuisse me cloue sur place. « Coudonc, c’est le festival de la crampe aujourd’hui! », me lance une coureuse en me dépassant. Un bon samaritain s’arrête et me tend un sachet de moutarde : « Essaie ça, tu m’en donneras des nouvelles! » J’aurais peut-être dû lui en demander un deuxième, parce que dix minutes plus tard, c’est mon autre cuisse qui crampe. Le manège se répète à plusieurs reprises, grugeant chaque fois de précieuses minutes à ma marge de manœuvre. À l’évidence, mes adducteurs en arrachent, mais je reste déterminé à me rendre au 36e kilomètre avant la première barrière horaire. J’y parviens avec vingt minutes de jeu – ouf!

Les crampes aux adducteurs, c’est un peu ma bête noire sur les terrains très techniques et je sais que je ne suis pas le seul. Comment y remédier? La question revient souvent sur les forums d’ultramarathoniens. Certains ne jurent que par la moutarde ou le jus de cornichon. Les capsules de sel? Parlez-en au Doc Benoit : il vous dira que la science est on ne peut plus claire là-dessus : ça n’a fichtrement rien à voir. La fatigue musculaire serait en cause, et le consensus qui semble émerger (du moins parmi les coureurs d’expérience), c’est qu’on ne peut venir à bout des crampes musculaires qu’à force de s’entraîner sur le genre de terrain qui nous fait cramper. Logique, non? Pour ma part, je compte profiter de l’entre-saisons pour renforcer spécifiquement mes adducteurs. On verra bien ce que ça donnera l’été prochain.

Dur pour les genoux

Vous avez des faiblesses aux genoux? Permettez-moi un conseil : oubliez le 125 km de l’Harricana. Dans le premier tiers du parcours, les innombrables sauts de roche en roche, les racines mouillées et les descentes techniques hypothéqueront sérieusement vos genoux pour la suite des choses. Mes crampes musculaires ont fini par passer, mais mon genou droit s’est mis à rouspéter de plus en plus fort à partir du 40e kilomètre. Encore là, j’ai réussi à me rendre tant bien que mal à la mi-parcours avant la barrière horaire, sauf que ma marge de manœuvre avait fondu de dix minutes.

À ce rythme, je finirais au mieux 12 heures plus tard, et rien ne me permettait de croire que mon genou tiendrait le coup si longtemps. Malgré les encouragements des bénévoles, j’ai dû prendre la difficile décision d’abandonner. À mon grand désarroi, parce que j’étais pourtant encore plein d’énergie. Dans mon programme de renforcement musculaire, j’accorderai donc une attention spéciale à tout ce qui tire sur les genoux.

Bâtons ou pas?

C’est la question à mille piastres. Pour ma part, j’avais décidé de commencer sans mes bâtons et de les mettre dans mon drop bag pour avoir l’option de les prendre à mi-parcours au besoin. Je ne regrette pas ma décision. J’aurais vite trouvé mes bâtons encombrants dans les sentiers étroits ainsi que dans les montées et les descentes techniques, où j’étais ravi d’avoir les mains libres pour m’agripper aux cordes, aux branches, aux arbres et aux rochers. D’autres coureurs ont fait exactement le contraire et se sont séparés de leurs bâtons à mi-chemin. Chacun sa stratégie. Reste que courir ou pas avec des bâtons est essentiellement une question de préférence.

Dans son livre Training Essentials for Ultrarunning, Jason Koop recommande de s’entraîner avec des bâtons pendant au moins quatre semaines avant une course afin d’acquérir l’habileté, la force et l’endurance nécessaires dans les bras pour être en mesure d’utiliser les bâtons efficacement. L’un des finissants, à qui j’ai parlé, estime d’ailleurs que les bouchons dans lesquels il s’est trouvé en début de course étaient causés par des coureurs qui manquaient d’aisance avec des bâtons. Il n’en demeure pas moins que mon partenaire de course, lui, jure qu’il ne s’en serait jamais sorti en un morceau sans ses bâtons, qui lui ont évité de nombreuses chutes.

Planification

S’attaquer à une course de 125 km, qui peut durer jusqu’à 25 heures et s’étaler sur deux nuits, ça ne s’improvise pas. Il faut prendre soin de tout planifier dans les moindres détails et de tester son matériel avant le jour J. Vous ne voudriez pas découvrir en pleine course que vos nouvelles chaussures vous donnent des ampoules ou que la friction de votre nouvelle veste d’hydratation vous irrite jusqu’au sang.

Pensez aussi à gérer votre sommeil dans les jours précédant la course, sachant que le départ sera donné à 2 h, que vous aurez probablement peu dormi avant et que vous devrez peut-être tenir bon jusqu’au milieu de la nuit suivante. Pour rester alertes tout au long de la course, certains prennent de la caféine sous forme de capsules ou de gomme à mâcher, ou encore des versions caféinées de produits énergisants comme les gels, les jujubes ou les mélanges à boisson. Tâchez toutefois de faire des expériences en entraînement pour trouver la dose adéquate et éviter les mauvaises surprises en situation de course. Assurez-vous aussi de transporter une réserve d’eau et de nourriture suffisantes pour tenir entre les ravitos, surtout dans la deuxième moitié du parcours, où la distance, entre certains ravitos, peut prendre parfois plus de trois heures à parcourir, avec la fatigue accumulée.

Côté stratégie, il faut penser à la façon dont on gérera sa course. Certains partent en lion à la faveur du plat initial pour se placer dans les pelotons de tête et ainsi éviter les bouchons. C’est une stratégie sensée dans la mesure où on ne craint pas d’avoir péché par excès de vitesse en début de course. D’autres prennent plutôt soin de se ménager durant la première heure, au risque de se retrouver coincés de longs moments dans des bouchons et de devoir presser le pas ultérieurement pour respecter les barrières horaires, qui ne sont pas particulièrement généreuses.

Le ravito Coyote, au 83e kilomètre, est un point névralgique du parcours, car les abandons y sont particulièrement nombreux. De l’avis d’un finissant, il ne faut pas se laisser décourager par la longue montée qui y mène, et éviter d’y passer trop de temps si on jongle depuis un moment avec l’idée d’abandonner. Pour tenir bon dans les moments difficiles, ajoute-t-il, il ne faut pas hésiter à s’accrocher à des inconnus, et à courir en groupe à un rythme qui nous est confortable.

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J’ai encore une fois beaucoup appris de cette expérience, et je compte bien prendre ma revanche un de ces quatre. D’ici là, j’ai des devoirs à faire. Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont encouragé avant, pendant et après ma course ainsi que les finissants qui ont bien voulu me faire part de leurs suggestions pour nourrir mon propos, dont Jean-Mathieu Chénier, Mathieu L’Arrivée, Maxime Desmarrais et François Demars.

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