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Harricana 65 Km : Mission Guerrière en Terres Boréales

3 h 45, samedi le 8 sept. 2018.

Le réveille-matin appelle mon corps encore assoupi à se lever, si je veux être prête à temps pour manger un repas soutenant, et rejoindre la navette à 5 h 30. Elle m’amènera aux Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, dans Charlevoix. Pour connaître ma préparation dans les jours précédents ma course, c’est par ici : http://bit.ly/2Qz9OAx).  

 En route pour les Hautes-Gorges. Il est 5 h 30.

Sentiment étrange de penser que je suis rendue là, à prendre le départ de la course Harricana 65 Km (uthc 65), entourée d’autres guerriers et guerrières comme moi, après plusieurs mois de discipline en entraînement (à ce sujet, lire : http://bit.ly/2wq1RnV).

L’air frais, mêlé aux vents forts nous prend par surprise à l’arrivée. C’est avec empressement que je me dirige dans le chalet d’accueil pour conserver ma chaleur avant le départ. Je ne suis pas la seule à avoir cette brillante idée, haha!

 Tout le monde se réchauffe avant l’heure du départ.

6 h 30 : je mange, bien au chaud, une banane (très digeste, une excellente source de glucides et minéraux!), pour compléter mon petit déjeuner pris plus tôt.

 Lever du soleil au départ…

 Sur l’aire de départ avec vue magnifique à l’arrière sur les Hautes-Gorges…

7 h : le départ est donné sous la musique de la cornemuse. Je commence à courir doucement dans le but de réchauffer mes muscles raidis par le froid matinal. Les premiers 5 km s’effectuent sur l’asphalte et rejoignent un grand pont traversant la Rivière Malbaie, dont je longerai une partie, pour ensuite pénétrer dans le magnifique sous-bois.

  La Rivière Malbaie
En route vers la première station de ravitaillement le Geai bleu
On longe la magnifique Rivière Malbaie
 En route vers la première station de ravitaillement le Geai bleu
On emprunte quelques ponts durant le parcours

J’éprouve au départ un problème avec ma montre GPS.  J’y avais installé de nouveaux paramètres pour l’événement d’aujourd’hui, mais je n’avais pas pris soin de vérifier en situation réelle. Après 15 min de «gossage» (grrrr…), je décide de lâcher prise sur cette situation dont je n’ai de toute façon pas de pouvoir, et qui me prend de l’énergie mentale et physique.

Je ferai donc le parcours avec comme seule indication : l’heure (donc sans mon «pace» de course, distance parcourue, ni dénivelé; des références qui auraient pu m’être bien utiles pour une course de cette envergure). Mais pas tout à fait, car j’avais pris le soin la veille de m’écrire au crayon feutre une feuille descriptive avec les temps de passages et distances. Ouf!, vive la prévention! 

  Ma petite feuille précieuse qui me guidera tout le long (faute de montre GPS)!

On continue! J’entends le son de la rivière qui coule et j’aperçois de beaux lacs à plusieurs endroits le long du sentier…de toute beauté. Monsieur le Castor a même décidé d’y installer sa maison : il a du goût je trouve

 
La maison de Monsieur le Castor
On a la chance d’apercevoir de beaux lacs dans la première moitié du parcours

Précédemment dans le sentier (entre les stations de ravitaillement du Geai bleu et du Coyote), j’ai eu le bonheur de parcourir quelques kilomètres avec un sympathique monsieur, Marc, qui marche et court d’une allure constante tout en s’économisant pour la suite (il connait le parcours). Comme nous avons tous les deux environ la même cadence, on se suit et jase un certain moment,…combien de temps? 30 min? 1 h? Je ne sais pas…on finit par perdre la notion du temps dans ces courses-là. Marc prendra finalement de l’avance sur moi alors que je ralentis mon allure pour consommer un gel d’énergie à la mangue et banane (il est 9 h : ma banane commence à être loin!).

Montée sur 15.4 km vers le 2e ravito Le Coyote!
Sentier dans le sous-bois

Au ravito du Coyote (km 22), après une montée qui s’est étirée sur 15,4 km, je prends le temps de m’assoir cinq minutes pour refaire mes réserves en énergie. On me sert un réconfortant bouillon de poulet chaud aux nouilles et gnocchis. Je complète avec des tartines au beurre d’arachide et un morceau de banane.

Je sens une petite douleur aux genoux qui s’installe.  Je sors ma petite trousse d’huiles essentielles et j’applique, en prévention, mon mélange Deep blue de doTERRA (huiles essentielles de grade thérapeutique) qui me soulagera jusqu’au 50e km. J’enfile également mes gants chauds, car je réalise que j’ai les mains gelées (je les garderai jusqu’à la fin). Il est 11 h 13. Voici un tableau avec les aliments et boissons aux différentes stations de ravitaillement, tenues par de généreux et patients bénévoles. Merci.

Aliments et boissons aux différentes stations de ravitaillement, tenues par de généreux et patients bénévoles

Prochain ravito dans 18,5 km : l’Épervier.  Je me retrouve alors seule sur plusieurs kilomètres (je croise quelques coureur-euses), chose que j’apprécie tout de même, mon petit côté sauvage ici…j’adore en effet me sentir en symbiose avec les éléments de la nature sauvage,« je suis la nature, elle fait partie de moi, elle est moi. Aaah¡…le vent… J’adore la sensation de la brise sur ma peau, l’amplitude de mes poumons quand il vente fort, me promener en nature quand l’air souffle à travers les feuilles des arbres ou me faire quasiment chavirer au sommet d’une montagne…j’aime l’air d’humus de la forêt…j’aime autant ressentir la sensation sur la peau que de sentir l’odeur du vent, de la température du vent… Le vent me donne des ailes, je me sens toute puissante».

Alors que j’avance avec sérénité et gratitude dans ces sentiers naturels, j’entends le chant de Maître le Huard qui nous joue sa mélodie…instant de Magie. 

J’entends la mélodie de Maître le Huard…la Magie s’installe…
Un sentier de conifères, wow, de toute beauté!

Arrivée à 14 h 42 au ravito de l’Épervier (km 40.5). On m’avertit que je dois faire vite, si je veux m’assurer d’arriver avant le «cut-off» (temps de passage obligatoire, au risque de me faire exclure de la course). En effet, je dois passer au prochain ravito (Split-BMR) à 16 h 19 maximum (distance de 6,8 km avec un dénivelé + de 200 m à faire).

  Les temps de passage (cut-off) des ravitos: en rouge !! (sinon: bye-bye)

C’est ici que la magie s’estompe net…et que la réalité prend le dessus. J’aime savourer le chemin, un pas à la fois, prendre le temps de contempler (j’ai d’ailleurs pris une vingtaine de photos depuis le départ), ça m’apporte un sentiment de plénitude. Mais là, à ce moment précis, il n’était plus question de ça.

Il fallait que je prenne une décision cruciale qui allait influencer le reste de ma course. Je n’ai jamais aimé me sentir «rushée» dans mon rythme, par les autres et les imprévus de la vie, et là on me demandait d’aller «plus vite». Sur le coup, j’étais secouée par la «fermeuse» de parcours qui me lançait cet avertissement et je la remercie beaucoup de m’avoir envoyé ce signal. N’oublions pas que je n’avais que l’heure comme référence sur ma montre et mon papier griffonné au feutre. J’étais un peu déconnectée de la réalité (mais bien connectée à la nature qui a une toute autre notion du temps, elle. Saviez-vous que cela prend une année à certaines espèces de coraux pour grandir de 1 cm de diamètre? ( fou non?). 

La perception du temps en ultra-trail est différente. Cela faisait 7 h 42 que j’avais franchis la ligne de départ ce matin, mais ce n’était pas ma perception: le temps s’était comme étiré tellement, j’étais dans la pleine conscience… En fait, c’est mon hypothèse.

La réalité de la course me frappait donc en plein visage, moi la tortue endurante, qui va à sa cadence mais qui peut aller très loin par sa persévérance. Accomplir est une de mes valeurs personnelles profondes. J’aime finir ce que j’entreprends, j’aime aller jusqu’au bout, je suis tenace malgré la fatigue et la souffrance même.

C’est ça qui a penché dans la balance : j’allais à partir de maintenant tout donner pour la terminer cette course, quitte à ne pas respecter mon rythme pendant ce court instant de ma vie. J’ai décidé alors en toute conscience de faire ce choix à ce moment précis. La guerrière des Terres Boréales en moi a alors accéléré le pas… J’étais déterminée à aller de l’avant en faisant de mon mieux jusqu’à la ligne d’arrivée 24,5 km plus loin. GO!

La guerrière des Terres Boréales 

D’un pas de course décidé, j’ai finis par rejoindre d’autres coureurs dont mon compatriote du début Marc. Cool ! Il était accompagné de Sandy. J’ai décidé de me joindre à eux pour arriver à temps au prochain ravito (Split-BMR, km 47.3). Nous étions dans les temps, arrivée à 16 h 12, et le cut-off était à 16h19. Wow! Première victoire!

 On se dépêche à engloutir des calories : je repère les œufs à la coque… Mais curieusement, ça ne passe pas si facilement dans mon œsophage. Je sens même une certaine douleur à la déglutition. Je n’ai jamais été capable de manger vite, j’aime prendre le temps de savourer, je vous l’avais dit? Et bien ça s’applique aussi quand je mange un repas haha!. La soupe aux nouilles chaude et les patates salées aideront finalement le passage du bol alimentaire, et…c’est reparti . Pas l’temps d’niaiser là, on doit arriver au prochain ravito de la Montagne noire avant 17  h46 (distance de 7,3 km, D+ de 350 m!)! 

Dans le fond, l’étape que l’on s’apprête maintenant à faire est la montée suivie de la descente de la Montagne noire. C’est rassurant de savoir que je ne suis plus seule à ce moment dans le parcours. Je suis accompagnée de deux personnes extraordinaires, Marc et Sandy, qui ont été très motivants et positifs, tout en lâchant des blagues de temps en temps.

Mes compagnons de course, Marc et Sandy, qui m’accompagneront dans les derniers 18 km, ici sur la Montagne noire

J’ai eu ben du fun avec eux, et je suis pleine de gratitude d’avoir terminé la dernière partie de la course en leur compagnie (les derniers 18 km environ). Lors de la descente dans les derniers 7.5 km, mes genoux me faisaient grandement souffrir. L’impact du sol, dur à certains endroits, sur mes articulations avaient eu raison de mes genoux et je n’avais plus le temps de me soigner si je désirais arriver sous la barre des 12 h 15.

  Sol dur qui a eu raison de mes genoux!! (certaines parties du tracé de course ressemblaient à ça)
Pour m’aider à passer au travers de cette douleur, je me suis mise à chanter tout en déconnant : vraiment efficace comme technique et amusant.  Je vous la recommande …et on continue.
La pancarte du 1 km apparaît devant moi, je la tape avec vigueur de tout mon cœur. Je ressens alors une boule d’émotion qui me monte à la gorge, je cherche mon souffle tellement l’émotion m’envahit.
Je pousse avec mes jambes pour terminer en grande guerrière cette finale et franchir la ligne d’arrivée en 12 h 13. Je saute dans les bras de Marc et Sandy en les remerciant de tout mon cœur. J’aperçois mon chum qui est là à me féliciter en m’attendant derrière la barrière. Il m’enlace et c’est là que toute l’émotion et la pression ressortent; je fonds en larmes dans ses bras…
On me remet ma médaille (#jesuisloup), vous dire à quel point je suis fière de mon accomplissement. La Guerrière en moi a dû aller puiser dans ses ressources intérieures pour persévérer jusqu’à la ligne d’arrivée…  La photo dit tout.

 Mission accomplie! #guerrière #terresboréales #uthc #harricana

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