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Deux minutes et 27 secondes

Du haut de mes 44 ans, je me cherchais … certains parleront la crise de la quarantaine, deux jeunes filles, un manque d’activité physique, un manque de temps pour moi-même. On se donne corps et âme pour ces petites personnes et parfois on se néglige, on s’oublie et c’est tout à fait normal.

Toujours est-il que dans mon cercle d’amis j’avais deux personnes qui pratiquaient la course à pied et plus particulièrement le trail – mon beau-frère et un ami que je considérais marginal de par les distances qu’il parcourait. Ces deux personnes allaient forger un besoin qui allait grandir en ma personne.

Lors d’un voyage en Europe pour un tournoi de soccer contre le racisme, chaque matin, l’ami marginal partait courir pour un bon deux heures et revenait en ayant exploré certains endroits que nous devrions visiter à Stockholm, je trouvais le concept intéressant, mais ma petite bedaine me disait le contraire : « Dude, sérieux, n’y pense même pas!

À mon retour, j’avais décidé de commencer par un livre. S’ensuivrait des souliers et une montre, j’avais l’essentiel du bon débutant sérieux et déterminé. Je m’étais même rendu dans une boutique spécialisée afin d’avoir le bon soulier suite à la lecture dudit bouquin.

Le temps passait, un bon deux mois, je me disais que le tout allait devenir une joke que j’allais raconter à mes filles plus tard – la fois et ou j’avais flaubé 500$ et qui était resté lettre morte.

Un certain matin de septembre 2018, un lendemain d’un match de l’Impact bien arrosé, je décidai, comme pour me punir de cette beuverie, de prendre chaussures, enfiler mes shorts et maillots de foot et de m’élancer sur le bitume montréalais à la recherche d’un vide à combler ou d’une punition à m’imposer. Un 7 km a un pace de 7 min au kilo. Mon cœur, un peu surpris par cette violence, m’avait fait connaitre son mécontentement, de même que mes jambes les jours suivants. Une surdose d’acide lactique.

C’est alors que le balado de Jean-Philippe Wauthier est venu me rejoindre – je vivais un peu la même chose en ayant été un bon sportif qui s’était perdu dans les dédales du quotidien, classique.

Je courais un peu random selon l’humeur du moment. Du 3 km le matin, je passai au 5, au 6 au 8. Je courais en moyenne, au début, 3 jours semaine. Le gros 10 est venu un matin avec un pace de 6 min le kilo, quelle belle surprise et le tout assez rapidement. S’ensuivit le 15 et mon premier demi-marathon. La course avait pris racine en ma personne; j’achetai des livres sur la nutrition, des plans d’entraînements, j’étais parti en route vers mon premier marathon sous les 4 heures avec mon pace de 6 min lol. Blessures, blessures et blessures. J’avais tout bonnement décidé de parcourir le 10 km au boulot (aller-retour) – what’s up, doc, j’avais déjà fait un demi-marathon. Une surcharge, quoi!

Décembre, pause obligatoire, le classique fasciite plantaire. Février, tendinite au tendon d’Achillemars, on me parle du slow run (80 %  de ta semaine) et de la règle du 10 %.

Mars, avril, mai, tout va bien : j’accumule les kilomètres et je suis encore dans un mood « selon l’humeur du moment ». Je commence à prendre connaissance du concept du D+ et des racines et des roches – mon parcours change, de la route, j’épouse le majestueux Mont-Royal. Une bénédiction pour les Montréalais, no joke!

Mon beau-frère s’inscrit pour le 65 et m’informe du 28 km, et l’ami marginal fera le 125 … une fin de semaine en famille ! Hell yeah! La Malbaie, on arrive!

Unis pour le sport me donne gratos un plan pour le 28… je réalise que mes objectifs sont un peu plus grands concernant le nombre de km/semaine et je décide de suivre le programme du 42… je vois l’option performance … why not!

J’avais comme objectif un 3 h 30

La course est sur le point de débuter… Pour la première vague – sub 3 heures. Bahhh, je vais y aller, de toute façon il faut retourner à Montréal pronto et les filles feront une bonne sieste dans la voiture! Il manque de personnes pour combler cette première vague.

Merci à ces 15 personnes avec qui j’ai partagé le parcours, vous m’avez enseigné comment descendre une pente à vive allure.

2 minutes 27 secondes… c’est rien quand tu as tout donné.

Props au crew de l’UTHC, à Sébastien Thibeault, Matthieu Pelletier, Élise Gagnon-Levert et à ma blonde et mes deux gazelles – et ces 15 personnes avec qui j’ai dû partager un bon deux  heures! Merci!

Ah oui,  j’ai terminé en 3 heures, 2 minutes et 27 secondes

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