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Quand j’ai fait la CCC

J’ai eu la chance de prendre le départ à Courmayeur aux côtés de Yoann Stuck et Stephane Vinot, très efficace pour sortir le stress avec leur humour de traileurs des monts d’or. La météo annonçait une journée très chaude, entre 30 ou 35, je ne sais plus, mais on était en période de canicule.

Dès la première montée à 2500 m d’altitude, j’étais en surchauffe avec un mal de bloc qui n’est jamais disparu. Courir, plutôt marcher, avec une migraine, c’est frustrant quand on est dans notre objectif de l’année. Un peu avant la mi-parcours, à La Fouly, j’étais complètement écoeuré, seul et sans appétit, il était 16 h. J’ai passé une heure devant une soupe à chercher une solution de continuité ou une raison honorable d’abandon. J’étais attendu à la station suivante. 15 km nous séparaient avec seulement 600 m D+, c’est le genre de distance que normalement je couvre en moins d’une heure et demie.

À 17 h, je mangeais ma soupe et un morceau de fromage avec dégoût, pour repartir en me disant nous verrons bien mon état à la prochaine station. Le soleil était enfin très bas derrière les montagnes et je sentais une fraîche glisser sur mon visage. La facilité du terrain me permettait de récupérer tout en avançant.

QUE LA COURSE COMMENCE

J’entre enfin en Suisse, le décor change, je me sens alors Canadien avec des points de repère et des sensations que je connais très bien : odeur de conifères, rivières, racines et temps frais. À 19 h, j’étais à mi-parcours, à Champex en Suisse, et en pleine possession de mes moyens. On s’occupe de moi, Jeff me donne quelques consignes pour la fin du parcours.

Je suis en 623e position sur 2130 athlètes. Je prends mon temps, 30 minutes d’arrêt à cette station pour préparer mon équipement de nuit et discuter de stratégie. Je me lève et déclare que la course peut enfin commencer : je vais tracer dur jusqu’à la fin. Je repars gonflé à bloc. Il reste 60 km à parcourir, dont trois cols à franchir, pour arriver à Chamonix : La Giete, Catogne et Tête aux vents. La course se termine à Chamonix pas Champex.

La lune est pleine et scintille durant toute la nuit. Je suis prêt pour la transformation. Le loup est maintenant d’attaque, il a faim. Il avale les kilomètres et se sent bien. J’arrive au sommet de Giete à 22 h en 525e position, 865m D+. Aucun coureur ne peut rivaliser dans les ascensions. Mes quadriceps ne sont pas très réceptifs à la descente, les muscles sont fatigués. Il faudra rester vigilant pour garder les positions gagnées.

Deuxième col, Catogne 800m D+, en 439e position. J’ai toujours faim et j’ai enfin une recette qui me donne le carburant nécessaire : une bouchée d’orange, une de banane, un thé, un bol de soupe, un morceau de fromage, et on repart avec un verre de coke. C’est la routine depuis Champex.

Tout juste avant le dernier col, on a une station de ravitaillement majeur dans le village de Vallorcine. Je m’assois pour ma routine et je mange. Une surprise m’y attend : je remarque  Genevieve, dans la foule; elle me cherche. Elle est venue me soutenir à Vallorcine avec Lucile, Jeff et David Jeker avec sa veste de finissant de la CCC. Je leur annonce que tout va bien, que j’avance bien, que je suis motivé et que mes sensations sont bonnes. Il est 1 h 56 du matin, avec un seul col à faire, Tête aux vents, pour 20 km, je me vois déjà finissant de la CCC 2015. Jeff me conseille de garder mon taux de sucre élevé pour rester concentré.

J’atteins le dernier col à 3 h 34 du matin en 399e position. Je monte dans les rangs et c’est très encourageant. Direction La Flégère, la dernière station avant la descente finale de 8 km. Je la passe sans arrêt, ma montre s’éteint, pile morte, et je commence la descente. À peine quelques mètres plus loin c’est au tour de ma lampe frontale de m’indiquer que sa pile est faible. Il faudra terminer la course avec une luminosité réduite.J’ai les crocs bien acérés et je connais cette descente pour l’avoir fait en reconnaissance en début de semaine. Ça va cogner dur!

J’accélère aux limites, j’ai déjà 90 km dans les jambes et un déficit de sommeil. Le corps se réchauffe, j’accélère encore un peu. Les dépassements se multiplient. Je vois un premier lampadaire, j’accélère! J’entre dans Chamonix, j’accélère toujours. La ville est au repos, il est 5 h du matin. La CCC est une course et je vais courir jusqu’à la fin.

J’enchaine des poussées de bâtons, la salive coule, le rythme cardiaque est élevé. 200 mètres de l’arche, un participant devant moi. J’ai toute la vitesse nécessaire pour le dépasser, mais je décélère je ne suis pas à une position ni une seconde près d’un record.

La CCC est certes une course, mais aussi une aventure humaine. Il faut savoir profiter du moment présent. Le rythme cardiaque redescend, les bâtons se soulèvent, le silence de Chamonix sera ma victoire. 50 minutes et 8 km plus tôt j’étais au sommet de La Flégère en 386e position et me voici en 354e position à cogner mes bâtons sur le tapis de l’arche. Un seul coup, mais un coup de fierté bien symétrique et senti.

ÉMOTIONS, RENCONTRES ET PARTAGE EN PLEIN COEUR DES ALPES.

J’ai devancé les pronostics de prévision d’arrivée. Désolé, mais le loup avait faim. Merci encore pour ton soutien et ta passion, on fait une sacré équipe. Merci aussi aux supporteurs et l’équipe logistique : Lauren, Yann, Lucile, Jeff, Hélène, Clothilde. Compagnons de course CCC et UTMB: Yoan Stuck, Stéphane Vinot, Thibaut Crochon, David Jeker, Joan Roch et Alister Gardner.

Durée Distance Dénivelé
km m
Lien vers l'activité Strava

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