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Pentathlon longue distance en solo : 2 h 50 de réflexion

Je pense que je participe au Pentathlon depuis que je connais l’existence de l’événement, il y a dix ans. À mon  souvenir, je n’ai manqué que les deux éditions où j’étais enceinte. Chaque année, j’essaie de faire une place dans l’horaire pour y participer. On a essayé presque toutes les formules : solo, en famille, en équipe, en tandem, alouette!

Outre le fait que c’est un événement de niveau supérieur, organisé à la perfection malgré une grande complexité d’organisation et de nombreux participants, j’étais préoccupée aujourd’hui, pendant mon épreuve, à essayer de répondre à cette grande question philosophique : mais pourquoi donc il y a toujours si peu de femmes sur les distances en solo et particulièrement de longues distances (un peu comme dans les ultramarathons, qui se popularisent aussi très lentement auprès de la gente féminine)? Nous n’étions que quatre femmes sur 48 participants sur la ligne de départ ce matin…

Pour trouver des pistes de réponse, je me suis posée la question à moi-même : mais pourquoi je fais ça? Qu’est-ce que ça me procure? Est-ce que les raisons qui me motivent peuvent motiver d’autres femmes, ou non? Et d’abord, est-ce que c’est nécessaire de motiver d’autres femmes ?

Peut-être que ça ne change rien dans le fond. L’important, on le sait, c’est de bouger et jouer dehors, chacun à sa façon et à son rythme. Longue ou courte distance, solo ou à plusieurs, le principal objectif est atteint et l’accomplissement n’est pas plus grand, fondamentalement.

Et au fil de mes 2 h 50 de réflexion tout au long de mon défi, j’ai réalisé les points suivants :

LES FREINS

  1. Les longues distances paraissent peut-être moins amusantes que les distances en tandem ou en équipe. Or les filles, de manière générale, je pense, ce qui nous attire le plus dans le sport, c’est le plaisir, l’esprit d’équipe, le partage et moins la compétition et la performance. Pour avoir aussi fait des épreuves à multi-personnes (admettons que ça se dit), j’avoue que j’aimerais aussi pouvoir en refaire les prochaines années. L’esprit d’équipe, la préparation à plusieurs, le partage que ça crée, c’est quand même cool. Et quand je regardais les gens qui participaient aujourd’hui avec des amis, ou des membres de leurs familles, je me disais avec une certaine envie, que j’aimerais ça moi aussi me réinscrire à ce type de défi l’an prochain ;
  2. L’impression qu’il faut être bon dans tous les sports et qu’il faut s’entraîner comme des fous (et c’est d’ailleurs aussi ce qui me freine à m’inscrire à des triathlons d’été). Faux. Nous avons tous nos faiblesses. Moi c’est le vélo et le ski de fond surtout. Et le fait d’être inscrite au Pentathlon m’a botté les fesses pour sortir quelques fois mon vélo d’hiver dans les dernières semaines et d’essayer d’améliorer ma technique de ski de fond (quoique toujours déficiente) ;
  3. La peur du ridicule. «Et si j’arrivais dernière?”»se dit-on dans sa tête. Personnellement, j’ai retiré cette question de mon esprit depuis longtemps. Il n’y a pas de dernier, que des gens qui se réalisent. On m’a déjà dit, adolescente, alors que je venais d’être intégrée dans un groupe supérieur au biathlon dans les cadets «Vaut mieux être la dernières des premiers que la première des derniers» (comprenez que je venais de me classer dernière). Et c’est resté dans ma tête. J’ai compris que dans la vie, on progresse et on s’améliore quand on tire par le haut et qu’on se fait inspirer par des gens meilleurs que nous.

LES PISTES DE MOTIVATION

  1. Le privilège. C’est l’essence principale de ma motivation au quotidien. Je me sens privilégiée par la vie. Je suis consciente que je vis dans une société qui m’offre toutes les conditions favorables pour m’accomplir comme femme. J’ai une vie de famille et un chum qui m’offrent toutes les conditions favorables pour m’accomplir comme mère et comme conjointe. J’ai un travail qui  m’offre toutes les conditions favorables pour concilier travail-famille-sports et m’accomplir au niveau professionnel. J’ai envie de profiter de cette chance au maximum.
    • Et ça m’amène à une anecdote… Quand j’étais jeune (encore aujourd’hui mais ça a commencé très jeune), j’étais très sensible aux injustices de ce monde. J’étais anxieuse des effets de la pollution et de la dégradation de l’environnement, j’étais préoccupée par la pauvreté, la violence et la guerre ailleurs sur la planète : bref, je voulais prendre une voie qui me permettrait de contribuer à des changements positifs dans le monde.
    • Dans tout mon idéalisme, je voulais faire une différence et c’est ainsi que j’ai commencé ma jeune vie d’universitaire. Vous comprendrez que je me suis vite fait assommée par la complexité et la profondeur de ces grands enjeux existentiels et la difficulté à trouver sa place sur cet échiquier immense… J’ai finalement réalisé que la meilleure chose que je pouvais peut-être faire était purement égoïste : c’était d’en profiter et d’être heureuse le plus possible. Des millions de personnes rêveraient d’avoir une vie comme nous en avons ici et que même avec la meilleure des intentions, nous ne pouvons pas leur offrir. Nous ne pouvons qu’apprécier et être conscients de ce privilège et faire de notre mieux.
  2. L’hiver. Saison magnifique, qui nous offre l’opportunité de vivre des expériences uniques dans le monde. Le Pentathlon est d’ailleurs une formule d’événement qui n’existe nulle part ailleurs. On peut faire un marathon dans tous les pays, mais le Pentathlon, c’est exceptionnel. C’est véritablement une chance d’avoir cet événement ici à Québec.
  3. L’optimisation (ratio investissement vs résultats). Ça peut paraître nono, mais je dis souvent que tant qu’à déployer tous ces efforts et toute cette logistique (parce que c’est quand même de l’organisation participer à des événements sportifs comme le Pentathlon!), aussi bien faire la totale et en profiter encore plus longtemps.
  4. Les longues distances ne sont pas nécessairement plus difficiles. Qu’on fasse une courte distance, une seule discipline ou tout dans un bloc, le défi est toujours grand quand on fait de son mieux et qu’on pousse à son maximum. Le défi des longues distances est principalement dans la gestion de l’énergie et le mindset (avoir l’audace de s’inscrire, avoir le courage de se présenter sur la ligne d’arrivée et se motiver de la bonne façon tout le long);
  5. C’est une chance de pouvoir sortir de sa zone de confort et essayer de se dépasser sans qu’il n’y ait d’enjeu grave. On ne peut pas nécessairement le faire dans son milieu de travail ou dans la vie parce que nous mettrions d’autres personnes ou des organisations à risque, mais dans le sport, il n’en tient qu’à nous (ou presque) de cherche à repousser nos limites. Pourquoi donc ne pas essayer de voir jusqu’où on peut aller? On en sort même plus fort, je pense, pour se dépasser dans les autres sphères de sa vie.

LES TRUCS

À celles qui cherchent des trucs pour tenter leur chance sur le Pentathlon, longue ou courte distance en solo l’an prochain, voici un truc :

  1. inscrivez-vous et présentez-vous sur la ligne de départ  sans trop réfléchir aux difficultés que ça peut représenter,
  2. vivez le moment présent à chacune des épreuves (un petit pas à la fois : ne pas penser à ce qui reste à faire, mais se concentrer sur ce qui a été réalisé)
  3. et amusez-vous avec ce qui peut être source d’amusement (le public, les autres participants, le paysage, etc.).

Vous arriverez à la ligne d’arrivée plus vite que vous ne l’auriez pensé!

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