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Devenir fauve

Il y a 6 ans, j’ai acheté ma première paire de souliers de course : c’est ce que j’avais demandé pour ma fête de 16 ans. J’étais tannée de courir avec mes godasses vétustes franchement trop lourdes et, on va se l’dire, plutôt affreuses.

Nouvellement chaussée, j’ai commencé à courir de manière plus assidue. De fil en aiguille, ce sport, qui initialement n’était qu’un simple passe-temps, est devenu une passion. Si bien qu’à peine deux ans plus tard, à 18 ans, j’ai couru mon premier marathon à Montréal.

Tu te demandes sûrement si ça s’est bien passé, hein? Non, absolument pas. Ce fut atroce. Casser après 21 kilomètres, disons que ça change ton rapport au temps. Maudit que c’tait long! L’expérience m’a toutefois donné la piqûre des longues distances. J’étais vraiment intriguée.

C’est ainsi que je suis tombée dans la marmite du trail et des ultras. Ça me fascinait. Non seulement tu cours longtemps, mais en plus, tu le fais dans un environnement sauvage et inaccessible. C’est toi et le sentier, point.

Finito les chronos, les pressions de vitesse et de temps au kilomètre; ciao le brouhaha et l’individualisme du béton. Troquer la monotonie de l’asphalte pour l’intensité du sentier, apprendre à apprivoiser une bête farouche et vivre au gré de ses variations et de ses désirs, s’épuiser dans ses accablantes montées et s’envoler dans ses descentes effrénées; tout ça me parlait énormément.

J’ai alors vraiment trouvé ma voie. Courir loin, longtemps, et surtout, n’exister que dans l’instant présent : la course en sentier, c’est devenir fauve, l’espace d’un moment. J’ai donc fait mes premiers pas dans le monde des ultras en 2017, en participant à la toute première édition du 50 km du Five Peaks Orford. Ce fut brutal, mais ô combien enivrant! Depuis, je n’ai pas démordu.

« Je trouve qu’une existence humaine, même si elle dure très longtemps, n’a aucun sens si l’on n’a pas le sentiment de vivre. » – Haruki Murakami

J’espère que ma contribution à Ravito saura t’inspirer et qu’à travers ma plume, tu puisses vivre la passion du trail autant que moi. Au plaisir de se croiser sur une crête ou dans une course.

(Photo : courtoisie)

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