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De cauchemar à soirée parfaite : comment se revirer sur un 10𝇍

24 heures dans la réalité événementielle

Voilà quelques mois, nous avons accepté, avec l’équipe des Événements Harricana, de donner un coup de main à Mathieu Blanchard et le réalisateur Jérôme Binette pour la coordination d’une tournée québécoise de leur film « Confiné » sur le FKT de Mathieu sur le GR-A1 en Gaspésie il y a un an. Nous avons l’expérience d’organiser des soirées de projection de films pour Trails in Motion depuis au moins six ans et nous avons établi, aux quatre coins du Québec, un bon réseau de contacts de leaders de la communauté de trail intéressés à s’impliquer dans ce genre de projet.

Nous avions également suivi le projet de Mathieu avec grand intérêt, en 2020, et nous étions donc honorés de pouvoir collaborer un tant soit peu avec lui afin de faire rayonner son exploit.

C’est ainsi qu’une tournée du film, en présentiel et en première au Québec, s’est dessinée au fur et à mesure que le contexte sanitaire s’est amélioré ce printemps. Le but est de faire connaître le film mais aussi de récolter des sous pour financer sa réalisation et, éventuellement, le remixage du film afin de le soumettre à des festivals de films internationaux comme le festival de films de Banff et Trails in Motion.

Les projections de Québec se confirment

Dans la région de Québec, c’est moi qui prend le lead d’organiser les projections. Je connais les lieux de diffusion et on a testé pas mal de choses jusqu’à maintenant.

Par exemple, en 2020, dans le contexte de la pandémie, nous avions fait le test de projections en plein air, avec un maximum de 50 personnes, à la Baie-de-Beauport et la Base de plein air de Sainte-Foy. C’était alors la solution idéale pour tenir une activité dans le respect des règles sanitaires. L’expérience avait été fort agréable mais avait comporté son lot de stress : il fallait louer et monter nous-mêmes tout le set-up technique, le vent nous avait obligé à réorganiser notre site à la dernière minute à la Baie-de-Beauport, un groupe d’inconnus avait fait du bruit lors de la projection à la Base de plein air, les soirées étaient quand même fraîches pour rester assis et inactif pendant plus de deux heures, etc.

Pour la première projection de Québec, on a donc cherché un endroit clés-en-mains, avec le minimum de facteurs de risques, tout en restant abordable pour le nombre de personnes qu’il nous était possible d’accueillir dans le contexte sanitaire. La Base de plein air nous a alors proposé sa toute nouvelle salle multifonctionnelle, équipée d’un tout nouveau projecteur et système de son, dans un lieu magnifique en plein coeur de la nature et entouré de sentiers de trail. L’endroit nous semblait idéal pour combiner activité extérieure avant la projection (ex : pique-nique) et soirée de film.

Nous sommes allés visiter les installations, avant la projection, comme nous avons usage de le faire pour nous assurer de ne rien laisser au hasard. Nous étions subjugués par la beauté du lieu. Le set-up technique n’était pas monté mais nous avons pris des photos du projecteur et du système de son pour confirmer la qualité des accessoires avec le réalisateur et les bénévoles qui offraient un support technique. Et puis, peut-être un peu trop naïvement, on a fait 100% confiance aux gestionnaires du lieu qui connaissent au final mieux leur salle que quiconque.

Tout nous semblait parfait et nous étions fébriles de tenir cette première projection, le jeudi 22 juillet. Le réalisateur du film, Jérôme Binette, descendait de Montréal spécialement pour l’occasion et nous faisions salle comble deux soirs de suite, avec 90 personnes par projection.

Jérôme est donc arrivé plusieurs heures d’avance le jour de la première projection pour préparer la salle et faire les derniers ajustements techniques avec le film sur son ordinateur… C’est alors que le cauchemar commence.

Le cauchemar

On réalise que la salle fait beaucoup d’écho… rendant le son très mauvais dans le fond de la salle… On essaie de repositionner les caisses de son et de jouer sur les paramètres sonores du film pour améliorer la situation (couper les basses, augmenter les sons des voix, etc.). Ça semble donner un peu de résultats.

Alors que les gens commencent à arriver, notre dernier espoir est le fait de remplir la salle de gens, ce qui aidera à “couper l’écho”.

Je ne suis pas confortable du tout avec la situation et je sens le stress qui monte en moi. Mais le “show must go on” comme on dit. Advienne que pourra et espérons que ça se passe mieux qu’on le pense.

Ceux qui me croiseront avant cette projection sentiront sans doute mon inconfort alors que j’ai de la difficulté à profiter pleinement du moment présent. Je dois notamment prendre la parole et introduire la soirée. Mais moi qui n’aime pas particulièrement jouer ce rôle, peu naturelle pour l’ex-timide que je suis, je cherche mes mots, mélange mes idées, manque d’enthousiasme dans la voix. OUF. Ce n’est pas tout à fait commencé et j’ai déjà hâte que ça finisse…

La projection commence et je m’installe avec le réalisateur au fond de la salle. Malheureusement, il est trop tard… et merde, on a « mal aux oreilles ». C’est tout simplement pénible.

Le petit hamster dans ma tête patine  :

  • Est-ce que le son est seulement mauvais pour les gens dans le fond de la salle ou si ceux qui sont plus près des caisses de son entendent bien?
  • Est-ce qu’on devrait dire aux gens derrière de se rapprocher des caisses de son en avant même si on s’est fait donner des consignes très strictes de la part de la Base de plein air pour le respect de la distanciation et des règles sanitaires?
  • Que dit-on aux gens à la fin de la projection? Que fait-on. pour compenser les insatisfaits?
  • Que fait-on pour la projection prévue demain au même endroit?

Je me sens vraiment mal pour le réalisateur, évidemment très déçu, qui avait si hâte à ce moment fort, après plus d’un an et demi de planification, de captation d’images, de montage… des milliers d’heures de travail.

Je me dis que rien ne sert de paniquer et de se mettre en colère. Gardons la tête froide et trouvons des solutions.

À la fin de la projection, on s’excuse pour la qualité du son et on promet aux gens présents qu’ils recevront un lien exclusif pour écouter le film du confort de leur salon. Heureusement, la majorité des gens présents sont des amis, des sympathisants des aventures de Mathieu. Ils ne sont pas fâchés et demeurent vraiment compréhensifs. Mais je n’en demeure pas moins extrêmement déçue…

Qui ne tente rien n’a rien

Quand je me couche le soir, je n’arrive pas à dormir. On doit trouver un autre endroit pour tenir la projection du lendemain ou on annule. On ne revivra pas ce cauchemar deux fois. Mais quelles sont les chances de trouver une salle à la dernière minute comme ça, un vendredi d’été en plein milieu des vacances de la construction?….

Le seul espoir que je vois est d’aller à l’auditorium de l’ENAP, un endroit où nous avons souvent tenu des projections. Nous savons que tout s’y déroulerait bien et que ce serait simple d’organisation. Mais louent-ils leur salle à la dernière minute comme ça?  Est-elle seulement disponible? Est-ce que des gens seront joignables ce vendredi matin?

À 7h am, je prends le téléphone et j’essaie d’appeler à l’ENAP. Le site web informe que l’université ouvre à cette heure alors je m’essaie. Pas de réponse. J’envoie un courriel à mes contacts à cet endroit. À 7h30 je réessaie d’appeler. Puis de nouveau à 8h. Après quelques essais, un monsieur répond. Il est en vacances et la ligne était redirigée sur son cellulaire. Voyant sans doute l’insistance avec laquelle je tente de le joindre, il a fini par répondre.

Il me donne le contact de son patron que j’appelle en laissant un message sur son répondeur. Ça augure mal. J’envoie aussi un courriel dont l’intitulé conclut le mot “Urgent”. Je n’ai pas tant d’espoir, mais qui risque rien n’a rien.

Le rêve

Vers la fin de l’avant-midi, je reçois un appel : c’est le directeur des ressources matérielles et logistiques de l’ENAP, que nous connaissons personnellement un peu déjà en raison de notre historique de réservations avec eux. Je me pince comme on fait une prière pendant que je lui parle et lui explique la situation.

Étonnamment, il est ouvert à nous aider et semble confiant de pouvoir nous accommoder. Je rêve!!! Il doit faire quelques vérifications et me rappeler.

Finalement, moins d’une heure plus tard, tout se confirme : c’est lui-même qui sera présent le soir de la projection pour nous offrir le support technique et nous permettre de tenir notre projection.

Incroyable. Quelle chance!! Je n’en reviens pas…

Quand nous allons sur les lieux dans l’après-midi pour installer la salle et faire les tests techniques, c’est le rêve : le son et l’image sont impeccables, la salle est grande et bien configurée. On va pouvoir enfin tenir une vraie première projection pour bien lancer la tournée de cet excellent film.

Alors que les images défilent sous mes yeux pendant la soirée, je tourne mon regard dans la salle : c’est une réussite. Et ça augure bien pour la suite…

Comme quoi, même quand on a de l’expérience dans un domaine, on peut vivre des échecs, ce qui ne veut pas dire qu’on doit abandonner.