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S'évader loin, dans les trails d'Arizona

C’est dans les sorties d’endurance, entre les entraînements spécifiques d’intervalles, de séquences de montées et descentes abruptes ou de fartlek, qu’on crée le plus d’opportunités de méditation planante. Vous savez, cet état qu’on aime retrouver qui se pointe à force de manger des kilomètres, lorsqu’on recherche la distance plutôt que l’effort en intensité ? Ce moment précis où on quitte notre conscience musculaire et cardio-vasculaire et qu’on l’échange contre une défragmentation cérébrale… La caboche s’aère, l’esprit se décontracte. Le cadre spatio-temporel ramollit. Les jambes semblent sur le pilote automatique, et c’est à cet instant qu’on devient inopinément philosophe, sage ou créatif. Sans écouteurs, pas de musique,  ni de balado, les sons et les idées rentrent dans la tête comme sur une autobahn.

Personnellement, ce stade m’a déjà mené à deux ou trois secondes d’un sommeil léger en courant (peut-être moins, je l’ignore, mais ça fait une meilleure histoire deux ou trois secondes). Tout de même assez spécial comme expérience. Je me compte chanceux de ne pas avoir été sur deux roues pendant cette absence sporadique.

On reconnait tous, comme coureuses et coureurs de fond, ce phénomène. De plus, on ne le dit pas trop fort, mais c’est évident que les coureuses et coureurs, qui savent exploiter ces moments de grâce, possèdent un avantage, voir une arme secrète au niveau créatif et analytique sur la moyenne des individus. Qui ne se souvient pas de la classique scène du Flic de Beverly Hills II, lorsque le Lieutenant Bogomil (le supérieur des deux potes d’Alex Foley) sort pour un jogging au coucher du soleil, dans les puits de pétrole, en culottes courtes, avec ses cheveux poivre et sel au vent ? Au milieu d’une enquête, il court dans l’espoir d’élucider le dossier des crimes de l’alphabet. Avouez que vous vous rappelez de cette scène.

Je pense aussi qu’on finit par le prendre pour acquis cet état. Comme bien d’autres bonnes choses, on finit peut-être par le banaliser ou à l’oublier à la longue. J’ai remarqué quand augmentant la cadence d’entraînement jusqu’à 5 ou 6 courses par semaine, les sorties, qu’on appelle de récupération, sont moins extraordinaires. Je me vois, chaussé de mes chaussures maximalistes, entamer cette portion hebdomadaire d’un programme, en souhaitant ne pas me faire plus mal ou, à tout de moins, moins sentir la charge que mon « core » et mes mollets ont bouffée dans les six derniers jours.

Ces souliers maximalistes, appelons-les des « Noka two two », je les ai donnés en revenant d’Arizona.

C’est en slalomant entre les cactus que j’ai retrouvé cette perception de l’élévation de l’esprit où tout semble clair. Il faut dire qu’en hiver, par temps doux, ensoleillé et surtout sec, le pays des Dalton ouvre facilement les portes de l’imagination. Cowboy en cavale, mes souliers de course ont eu une bonne dose de terre rouge. L’éternelle question du coureur revient alors : « Pourquoi je cours au juste ? » Les endorphines, c’est clair. Pour manger plus de chips aussi…

Pour vos yeux et vos oreilles, voici mon vidéo en Arizona avec une interprétation d’une pièce de Dumas en fond musical :

VIDÉO : https://youtu.be/3TpSBAy8gOg

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