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Un confinement bien rempli

fleurs

Haleter jusqu’à avoir envie de vomir, couper (malgré soi) sa respiration dans l’effort, dérouler ses foulées le plus rapidement possible, mettre son pied sur une pierre glissante et se rattraper au dernier moment, sentir le vent sur son visage, tenter de desserrer ses poings et ses mâchoires, faire l’avion avec ses bras, serrer ses abdos et absorber les chocs de chaque foulée. Et oui, je parle des descentes et de leurs lots d’émotions que je ressentais avant l’arrêt forcé suite à une blessure au genou.

La vigilance, l’attention, la prise de décisions dans l’urgence, le risque de se faire mal, la concentration, aller toujours plus vite et ressentir toujours plus fortement ces fonctions cognitives.

Comment combler ce manque ?

Qui aurait cru que ce confinement allait me faire autant de bien ?
Qui aurait cru qu’un simple confinement allait me donner des leçons de vie ?
Comment une hyperactive, et d’autant plus blessée, allait-elle pouvoir gérer son confinement ?

Être confinée, n’est-ce finalement pas apprendre à mieux se connaître pour mieux réussir à se tolérer? Cette dernière question m’a conduite à d’autres interrogations en lien avec mon contexte de blessée.

Pourquoi suis-je si triste lorsque je ne cours pas? Pourquoi suis-je en colère lorsque je vois des gens courir? Pourquoi j’évite de parler de sport alors que c’est un sujet qui me fait vibrer? Allais-je devoir devenir une autre personne et oublier mon « moi » passé?

Après réflexion, j’ai compris qu’il fallait que je retourne à la base de ma pratique afin de mieux gérer cette période de « confinée blessée ». Oui, j’en avais marre de penser aux plans A, B, C, si je ne guérissais pas, et d’être hantée par ma blessure quotidiennement.

Mes apprentissages suite à mes réflexions

*La quête du plaisir en nature

Prendre le temps, prendre son temps, et réapprendre à marcher, non pas au sens biomécanique du terme, mais au sens épicurien. J’ai réalisé pendant ce confinement que mes émotions en trail prenaient naissance avant tout, grâce à l’environnement dans lequel je courrais : renifler les odeurs de mousses, trébucher sur les racines, m’enfoncer dans la boue, avoir des traces de terre sur les mollets qu’on exhibe fièrement, sentir la pluie sur son visage…

En marchant, le temps s’allonge, et le paysage se décortique. J’ai donc commencé à me munir de mes jumelles et de mon appareil photo, afin de mieux connaître cet environnement que je chéris tant, et qui se révèle à moi à présent non plus comme un tout abstrait, mais comme un véritable écosystème complexe.

Reconnaître un oiseau grâce à son chant, son plumage, identifier les fleurs, les plantes, les arbres, faire des recherches sur la biodiversité dans les parcs de Montréal, prendre des notes dans un petit cahier, renouer avec l’aquarelle… Bref, s’écouter et faire revivre ma créativité qui s’était dissipée depuis quelque temps.

Merci la marche. Merci le confinement.

*Développement d’une nouvelle palette d’émotions

Tout en marchant, l’observation de la nature m’a toutefois permis de vivre d’autres émotions, parfois complémentaires ou encore opposées à celles que je ressentais en trail. Dans la nature, exercer la lenteur, me faire oublier, capter le vivant avec mon appareil photo, ressentir de la joie lorsque j’arrivais à reconnaître des oiseaux ou des fleurs, me réjouir de faire des recherches sur les espèces vues plus tôt dans la journée…

En fait, ma blessure et le confinement m’ont permis de faire rejaillir mon amour pour les sciences naturelles, et j’ai enfin pu jouer le rôle d’un naturaliste.

J’en conviens, ce confinement n’est pas facile pour tout le monde. Pour ma part, c’est avec un nouveau regard que j’ai repris le trail tout doucement, tout en écoutant mon corps et en continuant à faire des sorties purement naturalistes.
J’ai troqué mes émotions négatives contre des émotions positives, en mettant en pratique les leçons apprises ces dernières semaines : donner du temps au temps.

Continuer d’être connectée au vivant, en marchant et en courant…

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