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Le Tor des Géants est un sport d’équipe

Par où commencer? C’est tellement long, ça dure tellement longtemps. Pour nos amis qui nous suivaient, il y a eu plusieurs cycles de se lever le matin, aller travailler, revenir du boulot, dormir, se relever le lendemain matin… Bin oui, cout’donc, ils sont encore en train de courir!

Après avoir fait quelques courses dans les Alpes, je croyais bien savoir à quoi m’attendre avec le Tor des Géants. Mais le Tor avait plus d’un tour dans son sac pour nous surprendre! Au-delà des montées vertigineuses, et des descentes qui l’étaient encore plus (la plus longue faisant 2500 m de dénivelé négatif), au delà des cols plus spectaculaires les uns que les autre, c’est toujours surprenant de voir un autre sommet, d’autres lacets à gravir alors qu’on croyait être arrivé en haut. On va s’le dire… pour faire rentrer 26000 m de D+ dans 350 km, le Tor ne peux pas se permettre de laisser trop de km sur le plat. En gros, le Tor fait le tour de la province du Val D’Aoste en Italie. À la frontière avec la France et la Suisse. Un territoire d’une beauté exceptionnelle, doublé d’une population locale autant charmante qu’accueillante. Les habitants du Val D’Aoste se sont définitivement appropriés la course et on sent rapidement qu’on fait partie de la famiglia. A grands coup de ‘Forza Forza’ ‘Ciao’ ‘ Bravissimo’, au son des cloches à vaches, tous les moyens sont bons pour encourager le troupeau de plus de 1000 coureurs, en provenance de plus de 70 pays. L’accueil chaleureux fait définitivement partie des forces de cette course, et une des bonnes raisons de la mettre à sa ‘bucket list’ Je pourrais bien vous faire une description géographique et chronologique des 4 jours et demi de bonheur … euhhh… pas juste du bonheur pendant… mais quand même beaucoup beaucoup de gros bonheur sale 🙂  ; mais comme la fameuse loi de physique le dit : le total du Tor est plus grand que la somme de ses parties. Je vous en glisse donc des p’tits bouts qui ont été pour moi des grands moments de ce Tor. KitKat et Espresso, un duo d’enfer

Comme je le dis souvent, une des seules certitudes lorsqu’on prend le départ d’un ultra, c’est que ça risqu d’aller assez mal à un certain point, on frappera un trou noir, un écueil. Et la beauté de la chose, c’est qu’on a le temps de réfléchir, analyser et trouver une solution. En gros c’est pas mal ça un ultra : un concentré de toute une vie contracté dans l’espace de quelques jours. Toute la gamme des émotions y passe! Au beau milieu de la 3ième nuit, après une longue, longue, longue interminable descente dont le Tor a le secret, j’ai frappé littéralement (au sens propre comme figuré) le bas de la vallée, et le pire c’est qu’après avoir traversé le pont au point le plus bas, ça remontait de plus belle pour atteindre Oyace, petit village ou se trouvait un ravito. J’y suis entré en broyant du noir. Heureusement pour moi, en entrant, je croise Karen (la conjointe de mon ami Guy, qui forme son équipe de support). Déjà que de pouvoir lui parler, mon morale allait mieux. D’un coup de baguette magique, Karen extirpe de son sac une Kitkat !!! Wow !!! Mon estomac n’a fait qu’un tour… !!!! Et pour accompagner ce délicieux met raffiné, le responsable du ravito me concocte un excellent shot d’espresso… Et voilà !!! Le morale venait de remonter suffisamment pour me permettre d’attaquer le col suivant dans la noirceur.

Le dash

A quelques occasions pendant le Tor, je dois avouer que j’avais l’air de la vieille Toyota 1998 d’un de mes fils… pas mal toutes les lumières clignotaient dans le dash, il ne restait plus trop d’essence dans le réservoir et la lumière du ‘check engine’ était rouge vif … mais la carrosserie quoiqu’un peu rouillée tenait toujours le coup grâce à quelques morceaux de duct tape placés judicieusement au dessus des ailes. C’est quand même fou de pouvoir s’offrir la chance de vivre une telle course. Gratitude est le mot qui me vient souvent en tête pendant ces longues virées en montagne. Je me dis souvent et me rappelle de profiter pleinement de ces moments intenses et uniques. Souvent quand on pense avoir frappé le fond, un p’tit dodo, un gros bol de polenta, voir le soleil se lever, une conversation avec un ami coureur, un bon café chaud, profiter d’un ciel étoilé jusqu’à voir la voie lactée, rire tout seul avec des vieux souvenirs, chanter des chansons … toutes les solutions sont là, et la vielle Toyota peut reprendre la route.

L’Ultratrail est un sport d’équipe

J’ai eu le temps d’y penser en masse pendant le Tor… Et ce n’est pas la première fois que j’en viens à cette conclusion: la course d’Ultra est définitivement un sport d’équipe. Oui, on est bien le ou la seul à prendre place dans les souliers et les faire avancer un devant l’autre… mais c’est fou combien le support, les encouragements, la présence de ceux qu’on aime, famille, amis fait la différence. Même quand un océan nous sépare, ma douce moitié me fait l’effet d’une bombe. Un p’tit texto d’encouragement des mes enfants me donne des ailes pour plusieurs kilomètres. Ma sœur qui me fait la surprise de venir me voir à 40km avant la fin… Un très gros bonus !!! J’ai aussi eu l’immense privilège de partager cette course et toute la préparation qui s’y rattache avec mes bons vieux chums de trail : Eric Deshaies, Guy Doiron et Benoit Letourneau. Autant pendant la préparation dans la dernière année, que pendant le Tor, nous avons eu la chance de partager plusieurs kilomètres ensemble. Et ça aussi ça fait partie de la course !! De plus, on a pu faire connaissances avec un autre trio de québécois (Martine Marois, Danny Landry et Yvan L’Heureux) qui se sont joint au groupe. On s’est acclimaté ensemble en altitude. On a partagé de nombreuses pizzas et gelatos avant et après la course !! Bref, tout ce beau monde aide à créer l’énergie nécessaire pour nous transporter d’un bout à l’autre du Tor. Et la preuve que c’est un sport d’équipe : malgré un taux d’abandon qui frôle les 50% d’une année à l’autre, notre belle gang a eu un taux de succès de 100%. Ce qui en soit est assez incroyable !!!

C’est donc un peu tout ça le Tor pour moi. Une course qui a dépassé mes attentes à tous les niveaux. Merci aussi à Alexandre Genois et Eric Breton qui ont été des inspirations. Ils sont les premiers québécois à avoir fait le Tor, et les suivre a été pas mal à la source de mon désir d’y aller moi aussi.

Au plaisir de vous croiser sur les sentiers bientôt

Richard

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