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Comme une odeur d’automne

D’ici quelques minutes, le soleil disparaîtra derrière le mont Irma Levasseur. Une lumière orangée enveloppe la douce moiteur d’un été qui refuse obstinément de laisser sa place à l’automne en cette mi-septembre 2018. Cette moiteur rehausse les effluves floraux émanant de la végétation en bordure du sentier. Aulne, verges d’or, asters. La terre mouillée. Le temps s’arrête pour un moment. Je suis transporté en l’espace d’un instant dans mon adolescence, traversant champs, pâturages et clairières du bas-du-fleuve, filet à la main, en quête de spécimens de papillons rares. Ces odeurs ont l’impact d’un album photos, d’un fil historique et me font plonger nostalgiquement vers des souvenirs que je croyais enfouis. J’inspire profondément et m’imprègne de cet air apaisant avant d’entreprendre mon entrainement. Déjà plus d’une semaine depuis le 125 km de l’UTHC. Il faut dire que j’appréhendais énormément cette course. Considérant la distance certes, ma condition physique pré-course… Mais une question demeurait : suite à cette épreuve, serais-je en mesure de profiter des plus beaux mois de l’année pour la course, soit, septembre et octobre. Mon corps sera-t-il à ce point meurtri que je ne pourrai profiter à vive vitesse de cette fraîche atmosphère chargée du parfum des fleurs automnales? Nous allions maintenant en avoir le cœur net. Tranquillement, subtilement, j’active mes jambes restées trop longtemps dormantes depuis cet événement qui m’avait transporté sur un nuage. D’un pas incertain, je grimpe les pentes de cette petite montagne que j’ai trop souvent arpentée depuis les dernières années. Le rythme est bon, je n’ai pas de raideurs. Ça y est, mon corps sort tranquillement de sa torpeur. J’apprécie chaque foulée, les pointes d’effort dans les montées, les enjambées au-dessus des troncs de hêtres cassés trop tôt par la maladie. Je suis persuadé que j’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Je m’arrête fréquemment pour sonder l’air ambiant et apprécier le soleil qui disparait lentement sous l’horizon. Je me dis : « Voilà, c’est exactement pour ça que je cours ». Je suis heureux de pouvoir en profiter dès maintenant malgré le peu de temps qui me sépare de l’UTHC. Je pourrai donc profiter à la course de la fraicheur des semaines qui viennent. Des odeurs de peupliers baumiers le long des marécages. Des feuilles mortes des sous-bois des érablières. De sentir mes chaussures casser les premiers cristaux de glace se formant dans la boue figée aux petites heures du matin. Oui, c’est pour ça que je cours.


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